Dr. Jacques Vallée : "Lettre ouverte à Jean-Jacques Velasco"
Cet article est la reproduction autorisée de la lettre adressée à l'auteur de « Roswell, l'enquête qui change tout ».
Jacques Vallée
PO Box 641650
San Francisco, CA. 94164
San Francisco, 2 mars 2026
Lettre ouverte à Jean-Jacques Velasco
RE : ‘ROSWELL’
Bonjour Jean-Jacques,
Les Editions Trédaniel m’ont gracieusement fait parvenir ton livre sur Roswell, ce dont je les remercie. Ton aimable dédicace me fait penser que nous pouvons encore communiquer, malgré les multiples attaques personnelles contre mon intégrité et mes aptitudes en tant que chercheur scientifique et financier d’innovation, contenues dans ton livre.
La lecture et une revue sérieuse du livre et de ce qui l’entoure historiquement m’ont laissé surpris et navré. Je passerai sur les insinuations des gens que tu as pu écouter à Roswell.
Je n’ai aucun commentaire à présenter au sujet des observations de Roswell et des investigations qui entourent le cas. Retiens seulement que j’ai un dossier complet sur cette affaire depuis mon travail avec le NIDS dans les années 90 et avec BAASS ensuite, dossier confidentiel qui restera dans un tiroir, mais sur le reste je suis obligé de relever les passages de ton livre qui m’ont particulièrement choqué :
Tu évoques à plusieurs reprises une soi-disant proximité temporelle suspecte du cas avec celui de Trinity, que j’ai étudié pendant plusieurs années, en grand détail : tu le sais puisque tu cites mon livre.
Page 238 de ton livre : « Un crash ayant eu lieu quelques jours plus tard, sur une zone (…) qui serait le fameux cas rapporté par J. Vallée »
C’est faux : Trinity est en Juillet 1945, Roswell en 1947 ! C’est énorme au point de vue historique et politique aux US. Sans entrer dans les détails, le vaste déploiement de l’armée US autour du monde n’était pas fini en 1945, alors que la situation économique, sociale et politique des Etats-Unis avait radicalement changé en 1947. Or ces deux événements, qui ne sont pas proches dans le temps, ne le sont pas non plus géographiquement: Il y a environ 279 kilomètres entre Roswell et le site de Trinity : 165 miles US jusqu’à l’American Highway et plus de 8 miles jusqu’au site du crash de Trinity. C’est au minimum trois heures de route à la vitesse légale (comparable au trajet Bayonne-Toulouse), puis une demi-heure avec quatre roues motrices si tu tiens à crapahuter en terrain ouvert.
La géographie locale n’a donc rien à voir entre les deux sites. Le Nouveau Mexique est un état très vaste (121.590 US sq. miles) comparable à la taille de la Pologne. Trinity s’est produit deux ans avant Roswell et n’a en rien été copié sur Roswell.
Tu impliques l’absence de témoignage à Trinité et la légèreté de mon travail:
Page 237 : « Une région désertique seulement fréquentée par des tribus indiennes… Pas de témoins formellement identifiés, aucune description précise des lieux ni des éléments matériels récupérés… »
C’est faux :
La région n’est pas désertique ! L’élevage de grands troupeaux y est pratiqué depuis des générations. Mon livre contient des photos du site et les détails.
Les tribus indiennes qui l’ont développée au 18ème et 19ème siècles ont émigré vers l’Arizona. La population actuelle (70,000 personnes) est anglo-saxonne et hispano-américaine. Note que la famille de Rémé Baca, un des témoins directs, est espagnole, d’origine européenne, non pas Indienne ou Mexicaine.
Il y avait deux gardiens de troupeaux sur le ranch, qui ont observé l’arrivée de l’engin, entendu son choc contre une tour de communications militaire, et sont restés plusieurs heures près de l’objet écrasé. Ces deux témoins sont revenus sur les lieux où ils s’occupaient du bétail et des clôtures, pendant les sept jours où l’objet est demeuré sur place et était inspecté par l’armée. Notre livre contient la transcription de longues interviews des familles et des deux témoins. L’un d’eux, toujours vivant, a visité et mesuré l’intérieur.
Ton livre m’accuse en toutes lettres de m’être sciemment rendu complice de fraude, un vulgaire faussaire recopiant les données de Roswell.
Page 237 : « C’est Jacques Vallée, l’ufologue franco-américain, qui se fait le porte-parole de cette affaire de « crash » inconnu… »
Or tous les détails de mes enquêtes, jour par jour, sont dans notre ouvrage sur Trinity (avec les observations sur quatre autres sites sur lesquels j’ai travaillé au Nouveau Mexique avec des professionnels) dans mon Journal en plusieurs volumes, Science Interdite, publié depuis longtemps et disponible en quelques minutes sur la toile pour une poignée de dollars.
Comme tu le sais, il n’y a aucun témoin du crash d’un objet à Roswell.
Les débris et les corps ont été trouvés ultérieurement. Les équipes du CUFOS, dirigées sur place par Madame Hynek avec qui j’étais en contact suivi, ont eu du mal à localiser le (ou les ?) sites importants avant de conclure à la réalité du crash. La question n’est pas résolue totalement aujourd’hui, et les controverses continuent. Je les ai suivies dans mes travaux avec Stanton Friedman, un physicien du spatial expérimenté, et avec le Colonel Corso (qui avait vu les corps après Roswell) au cours de deux jours d’entretiens organisés confidentiellement au NIDS à Las Vegas par le Colonel John Alexander.
les noms d’oiseaux (Faucon, Perdrix etc.) ont été inventés par un individu qui a reconnu publiquement être un faux-nez de la désinformation du DoD, William Moore. Il l’a avoué lors d’un congrès du MUFON où il y avait mille personnes (moi compris), ce n’est donc pas confidentiel. Malheureusement, tu es tombé dans le panneau comme beaucoup d’autres. L’Aviary était une fausse organisation, conçue pour ridiculiser et décourager les chercheurs en servant la désinformation dans les années 70 (Moore était payé pour ce ‘travail,’ et l’a reconnu devant nous). Cela aussi est dans plusieurs livres, dont les miens.
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Je pourrais oublier tout cela mais il y a beaucoup plus grave : Tu m’accuses directement, avec la pleine connaissance de ton éditeur (qui a pourtant dû relire ton manuscrit avec ses conseillers ?) d’être un espion américain en France. Evidemment, c’est comme de demander à quelqu’un s’il a cessé de battre sa femme, on ne peut jamais réfuter cette accusation, et le soupçon est définitif. Mais là, tu m’accuse de trahir sciemment mon pays.
Même s’il est impossible de prouver qu’on n’est pas un espion, tu savais qu’il y avait autour de nous des personnes qui étaient en mesure de vérifier, et que tu pouvais consulter facilement, en ta qualité d’ancien employé d’une institution ‘sensible’ de l’Etat. Certaines des personnes en question sont nommées parmi les responsables que je mets ici en copie. Tu les connais comme moi. Pourtant tu n’as pas fait cette évidente démarche.
Je suis obligé de tenir compte de cette grave accusation, désormais largement diffusée en France et à l’étranger par ton éditeur et par les médias, qui m’a été rapportée par tes propres lecteurs -- avec les soupçons et la possibilité de menaces physiques que cela implique pour moi et ma famille.
J’ai donc démissionné du comité d’experts du CNES-GEIPAN et j’ai écrit à M. Luc Dini du groupe Sigma2 (Commission technique 3AF), avec mes regrets, que je ne ferai plus rien d’officiel en France qui touche à ce domaine.
Les multiples insinuations de ton livre sont graves puisque j’ai gardé un rôle d’investisseur financier dans des entreprises françaises et internationales, un métier qui ne s’amuse pas avec ce genre d’accusation : elle implique une dissimulation et des instructions étrangères susceptibles d’interférer avec la stratégie et l’existence même d’une entreprise.
Mon intégrité et mon indépendance professionnelle ont été la base de mon travail au sein de fonds d’investissement français, européens et américains pendant plus de 40 ans. J’ai participé au financement de plus de 60 ‘start-ups’ en médecine, en aérospatiale, en intelligence artificielle et en logiciels d’entreprise dans les cinq fonds que j’ai lancés au sein d’équipes internationales, notamment la société de capital risque « Red Planet Capital » de la NASA (qui avait sélectionné mon équipe parmi 45 candidats) et les trois fonds Euro-America avec des partenaires financiers professionnels Français, Belges, Suisses, Japonais, Canadiens et Américains. J’ai été deux fois membre de comités financiers pour les investissements européens à Bruxelles.
J’ai aussi été un des financiers et membre du Conseil d’administration de la société SANGSTAT du docteur Pouletty, la seconde entreprise médicale française pour laquelle nous avons réussi une rare introduction au NASDAQ. J’ai fait partie du comité scientifique de sélection des investissements du gouvernement français (à titre gratuit) pour le Génopole d’Evry, et ce pendant dix ans, avec des médecins français et des représentants des principales sociétés pharmaceutiques françaises : position idéale pour un espion !
Généralement en tant que « General Partner » et membre du Conseil d’administration de de telles sociétés, j’ai toujours observé la plus grande intégrité et une responsabilité qui n’a jamais été mise en question. Les investisseurs institutionnels ont les moyens de vérifier s’ils confient plusieurs centaines de millions de dollars ou d’euros à un petit espion (avec l’outrecuidance d’être ufologue à ses heures ?).
Je suis obligé de te rappeler que c’est moi qui ai insisté pour que tu sois invité à Pocantico parmi l’élite de la recherche astronomique américaine ; que j’ai réussi à convaincre le professeur Hynek (à qui je t’avais présenté) de venir à Paris soutenir le GEPAN quand une majorité des sommités scientifiques françaises consultées avaient recommandé de le supprimer; et que nous avons, toi et moi, refait ensemble l’enquête de Trans-en-Provence, y compris des analyses de tes prélèvements qui n’avaient pas été faites par le CNES.
Tu as souffert, comme moi, d’insinuations perfides et d’attaques illégales contre nos vies privées. Pourtant, c’est par ton livre que je me trouve exposé à une accusation de trahison de mon pays et de mes collègues. Tu comprendras que j’aie du mal à digérer cette mauvaise surprise. J’attends les décisions que tu prendras avec ton éditeur pour corriger la situation, et j’espère que nous retrouverons alors des relations plus sereines.
Jacques.
PS1. Contrairement à la politique des Partis, le débat scientifique ne consiste pas à exclure les opinions divergentes. Au contraire, il les encourage. Mon interprétation du cas de Kenneth Arnold est différente de celle de Pierre Lagrange, mais justement, je ne suis pas compétent en sociologie, et cette différence m’interpelle. Je le considère avec respect et amitié, et je l‘écoute. De même, mon désaccord avec Bruno Mancusi est réel mais ni lui ni moi n’avons une solution démontrable au problème des enlèvements (toi non plus). Si nous avons tort tous les deux, peut-être trouverons-nous une solution ensemble ? C’est ainsi que « La Science Avance »… pas en éliminant les critiques.
PS2 : Tu écris,
Page 239 : « … de réelles anomalies isotopiques, seules indications permettant d’identifier si un matériau est d’origine extraterrestre ou non »
C’est inexact : on utilise couramment en science, en médecine et dans l’armée des matériaux présentant des anomalies isotopiques réalisées en laboratoire, pour taguer des substances injectées ou mélangées. Une anomalie comme celle d’Ubatuba peut être d’origine terrestre, artificielle. (N’oublions pas qu’il n’y eut pas de témoin du crash disponible pour enquête à Ubatuba, comme à Roswell). La composition isotopique naturelle ne varie pas dans le système solaire et peut-être au-delà: un Aluminium Lunaire ou Martien ne diffère pas d’un Aluminium standard, ou seulement par un pourcentage minime (< 5%) comme dans les échantillons géologiques terrestres.
Fin de la lettre
Notes de l’éditeur :
Cette lettre fait suite à la publication du livre de Jean-Jacques Vélasco : « Roswell, l’enquête qui change tout »
Trinity : The Best Kept Secret, 2021
NIDS : National Institute for Discovery Science, 1995-2004, « a été le premier institut de recherche scientifique professionnel aux États-Unis à se consacrer à l’exploration et à l’étude des UAP et autres phénomènes anormaux. » Dr Eric Davis
BAASS : Bigelow Aerospace Advanced Space Studies
SANGSTAT : “SangStat, qui possède une filiale à Nantes, développe ses propres technologies mais elle détient également, de Pasteur-Mérieux Sérums et Vaccins, la licence exclusive pour l'Amérique du Nord de la Thymoglobuline qui permet de traiter les phénomènes de rejet.” Les Echos
GEPAN : Groupe d’étude sur les phénomènes aériens non identifiés, créé en 1977 par le CNES (agence spatiale française).



