Archéologie spatiale, une science en construction
À mesure que l'intérêt pour les ovnis grandit, les scientifiques sont de plus en plus désireux d'explorer notre système solaire à la recherche de traces de civilisations extraterrestres.
Dans un article du 2 avril 2026, nous apprenons que les équipes scientifiques de l’Observatoire Vera-C.-Rubin, financé conjointement par la National Science Foundation (NSF) des États-Unis et le Bureau des sciences du département de l’Énergie des États-Unis (DOE/SC), ont découvert un ensemble sans précédent de détections d’astéroïdes, comprenant des centaines de mondes lointains au-delà de Neptune et 33 astéroïdes géocroiseurs jusqu’alors inconnus. Selon les données préliminaires, les scientifiques ont découvert plus de 11 000 nouveaux astéroïdes, ces données ont été confirmées par le Centre des planètes mineures (MPC).
Dans un article intitulé: The Rubin Observatory Could Discover Corner Reflectors or Artificial Lights in the Outer Solar System, écrit par Avi Loeb, on pouvait retrouver les citations suivantes:
« En 2012, j’ai publié un article […] qui montrait que les télescopes optiques et les relevés existants peuvent détecter des objets éclairés artificiellement dont la luminosité totale est comparable à celle d’une grande ville terrestre jusqu’aux confins du Système solaire. […] Cette idée est particulièrement réalisable aujourd’hui avec l’Observatoire Rubin. »
« Une autre classe intéressante d’objets qui suivraient la loi d’augmentation de luminosité en carré inverse sont les réflecteurs à coin le long de l’axe Soleil-Terre. […] L’Observatoire Rubin ou d’autres télescopes d’observation ressemblent aux yeux de la mouche qui plane près du réverbère et regarde au loin la lumière réfléchie par les objets dans la rue sombre. »
« Espérons que l’Observatoire Rubin fournira des preuves de sources de lumière artificielle ou d’un réflecteur d’angles. Une telle découverte rendra certainement notre vie sur Terre bien plus passionnante. »
Il n’aura donc fallu attendre bien longtemps pour que les citations de Avi Loeb se concrétisent au niveau des observables disponibles pour peut-être un jour étayer les modèles scientifiques, comme le projet Galileo. Ce qui nous amène, tout naturellement au sujet de cet article, l’archéologie à l’heure de la conquête spatiale.
L’archéologie, c’est quoi au juste ?
Avant d’aller plus loin dans l’analyse de cette science en construction, il convient de revenir à la base du sujet, qu’est ce que l’archéologie ? Cela nous ramène quelques milliers d’années en arrière bien avant les télescopes, d’un point de vue sémantique, le mot archéologie vient du grec ἀρχαιολογία (arkhaiología) ἀρχαῖος (arkhaîos) qui signifie « ancien, antique » et λόγος (lógos) qui signifie « discours, parole, étude, science ». Plus précisément du dialecte attique, la variante du grec ancien parlée dans la région d’Athènes. L’attique est souvent considéré comme la forme « classique » de la langue, car c’est celui des grands auteurs comme Platon, Sophocle ou Thucydide, et il a servi de base à la langue littéraire de toute l’Antiquité.
Autrement dit l’archéologie est littéralement la science des choses anciennes, d’ailleurs, il convient de noter que cette discipline n’est pas l’apanage de la culture occidentale, par exemple en chinois le mot moderne est 考古学 (kǎogǔxué), 考 (kǎo) : examiner, étudier, vérifier, 古 (gǔ) : ancien, antique, 学 (xuē) : étude, science.
Contrairement au grec archaiologia (discours sur l’ancien), le chinois privilégie l’action d’investigation, de vérification concrète (考). Cela reflète une tradition savante très ancienne, celle de la « philologie évidentielle » (考据学, kǎojùxué) développée sous la dynastie Qing (XVIIe-XVIIIe siècle), où l’on vérifiait les textes classiques par l’examen des inscriptions sur os, bronzes ou pierres.
Il en résulte que le sens du mot archéologie au sens moderne du terme, est en soi une forme de syncrétisme entre la philosophie des grecs ancien plus portée par le logos et la philosophie chinoise évidentielle sans doute apparue par des échanges comme ceux des missionnaires jésuites au XVI siècle comme Matteo Ricci qui ont adopté une stratégie d’accommodation culturelle, adoptant les pratiques savantes des lettrés confucéens.
Après tout, comme dit le dicton de Ambroise de Milan: si fueris Rōmae, Rōmānō vīvitō mōre; si fueris alibī, vīvitō sicut ibi . Littéralement : Si tu es à Rome, vis comme les Romains ; si tu es ailleurs, vis comme on y vit.
L’archéologie moderne et l’espace lointain.
Maintenant revenons au XXI siècle après cette petite digression historique, comme nous l’avons vu précédemment, les anciens adoraient déjà adoraient étudier leurs propres racines. Maintenant comment est-ce que l’on transpose cela à la conquête spatiale ? De suite, le sujet devient beaucoup plus complexe… Et ce pour une raison somme toute assez simple, le manque d’artéfacts. Actuellement l’archéologie spatiale en est encore à ses balbutiements, sur terre, l’archéo a bénéficié de centaines d’années d’expertises, de dizaines de milliers d’artéfacts humains à étudier, classer, analyser la stratigraphie, etc. Mais bon quand on commence à lever les yeux au ciel et à observer le firmament, tout change, l’histoire humaine même si l’on inclut la préhistoire, se compte en centaines de milliers d’années. L’espace et donc le potentiel exogène, lui, se compte dans une unité de mesure tout autre :, les éons, à savoir qu’un éon équivaut à un milliard d’années terrestres.
Autrement dit, actuellement cette science se trouve dans une sorte de paradoxe temporel qui peut d’ailleurs faire penser à la période des balbutiements de l’égyptologie.
Pour reprendre une citation célèbre du XX siècle de Flinders Petrie:
« Dans peu de domaines les résultats dépendent autant de la personnalité de celui qui travaille que dans les fouilles. […] Ces dernières années, l’idée de creuser uniquement pour du butin rentable ou pour distraire les blasés s’est répandue de façon désagréable — au moins en Égypte. Une concession de fouille est demandée comme on demandait une abbaye à dissoudre : celui qui a de l’influence, du piston, un titre ou des relations commerciales réclame sa chance sur les dépouilles du pays. La recherche d’or n’a au moins aucune responsabilité morale […] mais saccager le passé est un tort moral aigu […]. »
Methods and Aims in Archaeology, 1904, pp. 1-2.
Maintenant si l’on se penche un peu plus sur la méthodologie actuelle de l’archéologie spatiale, les professionnels utilisent le concept de SETA, ou Search for Extraterrestrial Artifacts, qui a été introduit dans les années 1980 ce qui complémentaire du SETI qui lui écoute l’espace à la recherche de signaux. Cette approche repose sur l’idée que des artefacts, contrairement aux signaux radio, peuvent persister pendant des millions, voire des milliards d’années. Elle contourne ainsi le problème majeur du SETI : le besoin qu’une civilisation émette un signal juste au moment où on l’écoute. Le projet Galileo, dirigé par Avi Loeb, est l’initiative la plus médiatisée qui incarne aujourd’hui cette approche. La recherche peut prendre plusieurs formes : analyser des anomalies radar, chercher des reflets lumineux artificiels, détecter de la chaleur anormale, ou encore analyser la composition chimique de sols pour y trouver des résidus industriels.
Cependant, cette méthode est loin de faire l’unanimité dans sa forme actuelle, Milan Ćirković, astronome et astrophysicien serbe, créa le le concept du Catch-22 de la SETA, inspiré d’une nouvelle de 1961 de Joseph Heller, qui décrit une situation absurde où l’on est prisonnier d’un cercle vicieux de règles contradictoires. Dans la version de Heller, un pilote qui demande une évaluation psychologique pour être déclaré “fou” et ne plus voler prouve par sa simple demande qu’il est sain d’esprit... et doit donc continuer ses missions dangereuses.
Ce que Milan décrit avec le Catch-22 de la SETA, c’est une règle de validation circulaire :
Pour prouver qu’un objet est artificiel, il faut d’abord prouver qu’il n’est pas naturel. Mais pour prouver qu’il n’est pas naturel, il faut déjà savoir à quoi ressemble le naturel or ce savoir pourrait être contaminé par des artefacts non détectés.
Ce qui signifie que le cadre des technosignatures entier repose sur un biais anthropocentrique de Kardashev : il ne détecte que des civilisations qui ressemblent à la nôtre en plus avancées. Une civilisation biologique complexe non-technologique, ou technologique selon des modalités radicalement différentes (chimique, biologique, quantique sans émissions EM), passe complètement entre les mailles du filet.
Dans son article de revue de 2001 (« The Search for Extraterrestrial Intelligence (SETI) », Annual Review of Astronomy and Astrophysics), Jill Tarter,pionnière dans la recherche d’une intelligence extraterrestre, cofondatrice et membre du conseil d’administration du Search for Extraterrestrial Intelligence Institute (SETI),nous dit ceci :
L’intelligence est tout aussi difficile à définir que la vie et impossible à détecter à distance. Toutes les recherches d’intelligence extraterrestre sont en fait des recherches de technologies extraterrestres révélées par des artefacts physiques, des particules énergétiques ou des rayonnements électromagnétiques.
Des données manquantes selon Ross Coulthart
Dans une émission parue voici quelques jours chez News Nations, Ross accompagné de Meagan Medick, productrice éditoriale pour la chaîne d’informations, le journaliste d’investigation est revenu sur un incident datant de mai 2023, citation :
J’aimerais aussi demander à propos de ce dont j’ai personnellement été témoin à Huntsville au Centre Spatial Marshall quand j’y étais pour le compte de la conférence de la coalition pour l’étude des UAP’s en mai 2023. Et ce que j’ai vu en compagnie d’une ancienne épouse d’un administrateur de la NASA, elle-même, euh, ainsi qu’en compagnie d’une autre personne. Nous étions trois à en être témoins.
Environ huit ou neuf objets en forme d’œuf, clairement anormaux, ont émergé depuis derrière la station spatiale comme nous regardions un moniteur et ont ensuite disparu de l’écran du moniteur. Quand j’ai confronté le directeur du centre spatial de Marshall à propos de ces objets, bon sang mais qu’est ce que c’était ? Je pensais qu’ils pouvaient peut être s’agir de satellites Starlink qui venait juste d’être mis en service. Il a dit, “non ce ne sont pas des Starlinks”. Il s’est ensuite retourné et a regardé une jeune fille qui était responsable de l’administration des communications avec la station spatiale.
Elle a tourné un bouton, et l’écran s’est éteint et un message est apparu signalant que les transmissions avec la station spatiale étaient temporairement suspendues. Je l’ai vu de mes propres yeux et je ne peux vraiment pas expliquer ce que j’ai vu, si ce n’est que cela semblait suspect que, tout à coup, des objets anormaux apparaissent à l’écran et qu’une décision ait été prise au sein de la NASA pour cacher ces objets au public. Et dès que j’ai essayé de demander au directeur du Centre spatial Marshall ce que nous avions vu, vous savez ce qu’il a fait ? Il a quitté la pièce et n’est pas revenu.
Son témoignage est celui d’un observateur, pas d’un scientifique. Il ne prouve rien sur la nature des objets. Ce qu’il documente en revanche est réel et documentable : les coupures de flux live de l’ISS lors d’apparitions d’objets non identifiés sont un phénomène récurrent, capturé des dizaines de fois par des observateurs civils depuis les années 2010. La NASA les attribue systématiquement à des interruptions techniques automatiques. Cette explication est plausible et insuffisamment testée de manière indépendante, bien que dans le cas du témoigne de Ross Coulthart, la coupure semble intentionnelle de la part d’une employée. Hors bon, une simple recherche sur Google fait ressortir un pattern de liens causals entre la Nasa et le DoD ( https://space.commerce.gov/law/multi-year-contracting/ ), ce qui peut laisser penser que les coupures en question font partie d’une procédure standard due à la compartimentalisation des infos.
C’est précisément ce vide que cherche à combler la chercheuse suédoise Beatriz Villarroel, astrophysicienne au Nordita (Stockholm), avec ses projets VASCO et ExoProbe. VASCO Vanishing and Appearing Sources during a Century of Observations consiste à comparer des plaques photographiques astronomiques datant d’avant 1957 (avant Spoutnik, donc avant toute présence humaine en orbite) avec des relevés modernes, pour y identifier des transients : des sources lumineuses qui apparaissent ou disparaissent sans explication connue. Plusieurs dizaines de candidats ont été publiés dans des journaux à comité de lecture.
ExoProbe va plus loin : c’est un réseau de télescopes civils coordonnés qui cherche activement des objets artificiels non répertoriés en orbite proche, en utilisant l’ombre de la Terre comme filtre naturel pour éliminer les satellites humains connus. La démarche est méthodologiquement solide, elle produit des données vérifiables, publie ses protocoles, et s’inscrit dans le cadre peer-reviewed que Loeb, paradoxalement, a souvent contourné.
Ce qui distingue le travail de Villarroel du reste du champ, c’est précisément cette discipline : elle ne conclut pas, elle documente des anomalies et propose des méthodes pour les tester. Son équipe a aussi été explicite sur les limites: les transients VASCO peuvent avoir des explications conventionnelles (artefacts photographiques, satellites non catalogués de l’ère soviétique, erreurs de calibration). Ce n’est pas de la modestie de façade : c’est le fonctionnement normal d’une science en construction.
Le lien avec le témoignage de Coulthart est donc moins celui d’une confirmation mutuelle que d’une convergence de problématiques : si des objets non répertoriés existent en orbite quelle que soit leur nature ils nécessitent des outils d’observation civils indépendants, capables de produire des données que les institutions ne peuvent ni filtré ni classifier. C’est la raison d’être d’ExoProbe, et c’est en cela que ce projet s’inscrit légitimement dans le champ de développement de l’archéologie spatiale non pas comme confirmation d’une hypothèse, mais comme infrastructure de détection rigoureuse pour une science qui cherche encore ses méthodes.
Le cadre juridique et réglementaire des protocoles NASA-DoD
Si l’on se penche un peu sur les mécanismes et protocoles de la censure au sein de cette institution qu’est la Nasa, un peu comme le ferait un archéologue ou un historien, ce qui ma foi correspond plutôt à la réalité du métier bien loin des titres sensationnalistes de la presse. L’archéologue va passer beaucoup de temps dans les archives, l’historien lui dans d’obscurs parchemin rédigés en langue mortes le plus souvent.
Par contre qu’est ce que cela donne si l’on applique la même méthodologie à leur encontre ? Et bien on peut trouver des choses comme Executive Order 13526 du NASA Information Security Program (14 CFR Part 1203). Ce programme, qui coordonne ses actions avec le Département de la Défense, a notamment pour objectif d’assurer « une coordination et une uniformité raisonnable avec les autres départements et agences gouvernementales » (14 CFR § 1203.201).
La loi sur l’espace (National Aeronautics and Space Act) donne explicitement à l’Administrateur de la NASA le pouvoir d’établir « les exigences, restrictions et garanties de sécurité qu’il juge nécessaires dans l’intérêt de la sécurité nationale ».Autrement dit l’observation de Ross Coulthart peut être étayée par les mécanismes administratif de l’institution en question.
Et pour reprendre les mots de J. Robert Oppenheimer (Père de la bombe atomique, en 1955) :
Il n’y a pas de secrets dans le monde de la nature. Il n’y a que des secrets sur les pensées et intentions des hommes.
Ou encore Leo Szilard (Inventeur de la réaction en chaîne nucléaire) :
L’arme la plus puissante du Projet Manhattan n’était pas la bombe A, c’était le tampon SECRET.
L’historien de la science Alex Wellerstein, spécialiste reconnu du secret nucléaire, lui attribue sans équivoque une version de cette phrase : “The SECRET stamp is the most powerful weapon ever invented.” Elle figure notamment dans son ouvrage Restricted Data: The History of Nuclear Secrecy in the United States et orne la page d’accueil de son blog très suivi sur le sujet.
Pour résumer, un observateur externe pourrait dire que cela représente un paradoxe, la science se base sur des observables pour formuler des théories destinées à expliquer le réel. Quand on analyse un peu le fonctionnement réel des échanges épistolaires des scientifiques qui ont fondé le Jet Propulsion Laboratory, à savoir Jack Parsons et Edward Forman par exemple, on trouve des échanges avec Wernher von Braun, l’inventeur des V2 et qui fut lui-même transféré plus tard aux USA, via l’opération Paper Clip. Il est nommé directeur du centre de vol de vol spatial Marshall, ce qui peut sembler quelque peu ironique et démonstrateur de la tension qui existe entre le discours de l’armée et la réalité des fonctionnements des échanges scientifiques qui demande de la coopération entre les humains. Hors les mécanismes de censure, semblent plutôt ralentir la compréhension du phénomène des PAN. D’un côté les militaires justifient la censure pour des questions de budgets ou de défense, de l’autre cette même censure crée un goulot d’étranglement de la connaissance.
Le grand silence des institutions
Le Smithsonian, le British Museum et le Louvre n’ont tout simplement pas de département consacré à la possibilité d’une archéologie spatiale. Dans le cadre de l’archéologie traditionnelle, ce concept est de suite classé dans la case pseudo-archéologie ou science-fiction à la ancient aliens. Cependant des voix commencent à se faire entendre :
Kathryn Denning (Anthropologue et archéologue, Université York) : Son travail se concentre sur les enjeux éthiques et sociaux de la recherche de vie dans l’univers, incluant les implications de la découverte d’artefacts. Elle applique une véritable réflexion anthropologique à la SETI et à la SETA.
NASA - Douglas Vakoch (Archéologue) : C’est probablement l’initiative la plus officielle. Vakoch, un archéologue, a dirigé la publication en 2014 du livre “Archaeology, Anthropology, and Interstellar Communication” pour la NASA. L’ouvrage explore explicitement comment l’archéologie et l’anthropologie peuvent informer la recherche d’intelligence extraterrestre.
Bien que l’ouvrage de Douglas Vakoch soit lui aussi prisonnier du catch-22, le livre est une sorte d’étude qui compare des choses comme le linéaire b mycénien à ce que pourrait être une écriture exogène mais sans proposer de cadre d’analyse non-anthropocentré…
Au titre des mentions honorables, on peut aussi citer l’article : A call for proactive xenoarchaeological guidelines – Scientific, policy and socio-political considerations écrit par Ben W. McGee un “géoscientifique interdisciplinaire” qui travaille comme ingénieur en radioprotection et enseignant à temps partiel dans un collège communautaire (College of Southern Nevada).
D’ailleurs, fait curieux, le titre de xenoarchaeological, pourrait faire penser à un obscur parchemin de la bibliothèque impériale de Terra dans l’univers de Warhammer 40 K, cependant l’utilisation de exo ou xeno repose sur une différence relevant encore une fois du grec ancien de l’attique :
Exo (du grec exō, “en dehors”) : se réfère à l’origine extraterrestre de l’objet d’étude. On parle d’exo-archéologie pour désigner l’étude de vestiges matériels provenant d’ailleurs que la Terre que ces vestiges soient naturels (ex: météorites) ou artificiels (ex: potentielles sondes). Le préfixe met l’accent sur la provenance étrangère à notre planète.
Xéno (du grec xenos, “étranger, différent”) : se réfère à l’altérité radicale, à ce qui est fondamentalement non humain dans sa nature, son intention, sa cognition. Le préfixe met l’accent sur l’étrangeté cognitive et technologique, pas seulement géographique.
Une science qui cherche encore ses fondations
L’archéologie spatiale est un domaine qui existe davantage dans les intentions que dans les protocoles. Elle dispose d’un objet d’étude potentiel les artefacts exogènes mais pas encore des outils méthodologiques permettant de les identifier avec rigueur. Le Catch-22 de Ćirković n’est pas une curiosité philosophique : c’est l’obstacle fondamental que la discipline devra résoudre avant de prétendre au statut de science à part entière.
Ce qui manque cruellement, c’est ce que l’archéologie terrestre a mis des siècles à construire : une stratigraphie de référence, des assemblages comparatifs, une définition opérationnelle de l’artefact, et surtout une communauté interdisciplinaire incluant des praticiens de terrain pas seulement des astrophysiciens rêvant à voix haute dans leurs articles Medium.
La citation de Flinders Petrie en ouverture de cet article n’est pas anodine. En 1904, les fouilles en Égypte ressemblaient à ce que l’archéologie spatiale est aujourd’hui : un champ d’action où l’enthousiasme et la médiatisation précèdent largement la méthode. La différence est que Petrie avait des artéfacts sous les pieds. Loeb, lui, espère encore en trouver.
Cela ne signifie pas que la démarche est sans valeur. Les outils se perfectionnent, les protocoles émergent, et des voix comme celles de Kathryn Denning ou Douglas Vakoch introduisent enfin la rigueur anthropologique et archéologique dont le domaine a besoin. Le télescope Vera C. Rubin produira des données inédites. La question n’est pas si la discipline se construira, mais comment et si elle aura la patience de poser ses fondations méthodologiques avant de proclamer ses découvertes.
En attendant, l’archéologie spatiale reste ce qu’elle est : une promesse sérieuse dans un chantier encore ouvert. Comme toute fouille qui commence.





