A-t-on atteint le « Disclosure Day » ?
Ce que les premières tranches de PURSUE révèlent, et ce qui reste caché.
News Nation a consacré une édition spéciale de son émission Reality Check pour l’événement de la première release. Les intervenants étaient successivement Luis Elizondo (ex-responsable du programme AATIP au Pentagone), Billy Kryzak (analyste d’imagerie), Sam Gerb (chercheur sous le pseudonyme « UAP Gerb ») et Rob Jones.
La discussion tournait autour d’une même tension : bien que le principe de ce « drop » soit sans précédent, son contenu était maigre - point retenu dès le départ par Coulthart en soulignant que les 46 vidéos demandées au Pentagone par la représentante Anna Paulina Luna n’en faisaient pas partie.
Elizondo a replacé l’église au milieu du village, rappelant que le Department of War évoque lui-même des dizaines de millions de documents potentiellement concernés et a insisté sur les contraintes juridiques qui empêchent toute divulgation, même présidentielle, de certaines opérations secrètes dites covert action. Kryzak a examiné les pièces visuelles les plus controversées publiées, distinguant ce qui relève de l’artefact optique de ce qui résiste à l’explication conventionnelle. Gerb a recentré le débat sur l’architecture institutionnelle : tant que le Department of Energy classifie au titre des restricted data, issu de la loi de 1954 sur l’énergie atomique et que l’AARO conserve la main sur le tri des documents, la divulgation restera, selon lui, structurellement limitée.
Les documents publiés, disponibles sur war.gov/UFO, représentent le premier volet de PURSUE (Système présidentiel d’ouverture et de rapport sur les rencontres avec OVNI) ordonné par décret présidentiel en février. Les contributions proviennent seulement du FBI, du Département d’État, de la NASA et du Département de la Guerre. De ces 162 fichiers publiés, 108 comportent des rédactions justifiées par la protection des témoins et de sites militaires sensibles.
Parmi les pièces les plus discutées, on trouve la vidéo PR034 (Grèce, octobre 2023), où un objet effectue plusieurs virages à 90° à près de 130 km/h, proche de la surface de l’océan, et les images d’Apollo 17 pour lesquelles la préanalyse gouvernementale conclut que les trois points lumineux visibles seraient « potentiellement le résultat d’un objet physique dans la scène ».
Le Pentagone a ouvert une enquête formelle sur ce cliché. Billy Kryzak apporte une lecture plus prudente sur la vidéo PR-38, dont la forme en croix à huit branches avait circulé comme l’image la plus spectaculaire du lot : selon lui, les pointes étoilées sont un artefact optique classique provoqué par le passage de la lumière dans le capteur, et c’est la traînée thermique laissée derrière l’objet qui révèle sa dimension, vraisemblablement un objet très chaud de la forme d’un œuf, type sphère ou tic-tac, comme dans la plupart des autres vidéos.
Bien que soit invoquée la « transparence » dans le fond et la forme pour les citoyens, il est intéressant de noter qu’il n’y a absolument aucune contribution émanant du Department of Energy, pourtant officiellement listé comme partenaire de PURSUE, ni du NRO, de la NGA, de la NSA, de la CIA, de la DIA, du DHS ou de la FAA. Aucune pièce ne provient non plus des grands sous-traitants aérospatiaux (Lockheed Martin, Northrop Grumman, Boeing, Raytheon, MITRE), ni des laboratoires nationaux du DOE (Sandia, Los Alamos, Lawrence Livermore, Oak Ridge). Cette asymétrie n’est pas un choix éditorial : les contracteurs privés ne sont pas soumis au Freedom of Information Act dans les mêmes conditions que les agences fédérales, et la clause d’eminent domain sur les technologies récupérées d’origine inconnue détenues par des entités privées, présente dans le Schumer-Rounds Amendment original, avait été retirée du NDAA 2024 final. C’est précisément cette clause que Burlison tente de restaurer dans son UAP Disclosure Act de 2026.
À cela s’ajoute le mécanisme des fonds IRAD (Independent Research and Development), qui permet aux contracteurs de défense d’allouer des ressources à des recherches internes sans rendre compte ligne par ligne au gouvernement client, dès lors que le projet entretient un lien plausible avec la défense. C’est l’une des principales voies par lesquelles, selon plusieurs lanceurs d’alerte, des programmes de rétro-ingénierie auraient pu être financés en dehors des audits publics. L’amendement Burlison cible explicitement cette faille en exigeant une comptabilité complète des IRAD utilisés sur toute anomalie aérospatiale.
Il convient toutefois de mesurer cette première tranche à l’aune de ce qu’elle annonce. Le Pentagone a indiqué que de nouveaux dossiers seraient publiés « toutes les quelques semaines », à mesure de leur déclassification. La coordination interagences laisse formellement la porte ouverte à des contributions du DOE et du renseignement. Le test réel viendra dans les semaines à venir : verra-t-on apparaître des documents portant l’en-tête d’agences citées par les lanceurs d’alerte, ou d’un seul des grands contracteurs aérospatiaux ?
Tant que la réponse reste négative, la disclosure publiée demeure circonscrite à la portion du dossier que la structure légale actuelle permet effectivement de toucher. Mais l’opération vient juste de commencer…
21 mai 2026 : la deuxième tranche, et une réponse partielle aux précédentes interrogations
Treize jours après la mise en ligne initiale, une deuxième tranche d’environ quarante documents et vidéos a rejoint le portail war.gov/UFO. Ross Coulthart a consacré à l’événement une édition spéciale live de Reality Check avec un panel renouvelé : le contre-amiral à la retraite Tim Gallaudet (ancien Acting Deputy Administrator de la NOAA, aujourd’hui membre du conseil de la SOL Foundation et d’Americans for Safe Aerospace), l’avocat Hunt Willis (Chief Legal Officer de la US Disclosure Foundation), l’analyste FLIR Dave Falch, Billy Kryzak (revenu pour la deuxième fois) et Sarah Gamm (ex-analyste de la UAP Task Force du Department of Defense). Coulthart pose d’emblée la même question qu’à la première tranche : « Where’s the beef? » Mais l’analyse qui suit, plus technique et plus politique, apporte son lot de nuances.
La réponse à la question posée en clôture de la première partie est plus positive que prévu. Le DOE, la CIA et l’ODNI contribuent cette fois, et Sandia National Laboratories est explicitement nommée dans un rapport d’incident émis par l’opérateur de l’usine d’assemblage des têtes nucléaires américaines (PANTEX, Texas), avec des images dites « améliorées par les Sandia National Labs ». Trois des grandes absentes structurelles de la Release 01 sont donc présentes. Restent absents : les sous-traitants aérospatiaux privés (Lockheed Martin, Northrop Grumman, Boeing, Raytheon, MITRE), le NRO, la NGA, la NSA, le DHS et la FAA, ainsi que les autres laboratoires nationaux du DOE (Los Alamos, Lawrence Livermore, Oak Ridge). L’asymétrie juridique pointée précédemment, FOIA et clause d’eminent domain, reste donc pleinement opérante.
Le document le plus discuté à l’antenne est un récit à la première personne de deux pages, publié par l’ODNI, signé par un cadre du renseignement américain qualifié de « haut responsable des services de renseignement américains ». Il décrit une mission héliportée fin 2025 sur un terrain d’entraînement non précisé, que Coulthart spécule être « soit China Lake, soit le site d’essais du Nevada ». La narration enchaîne une grotte de grande taille découverte près d’une zone d’activité signalée, un objet « super-hot » qui s’élève du sol et s’approche à dix pieds de l’hélicoptère avant d’accélérer hors de vue, puis une formation en T de quatre à cinq « boules orange » à 700 pieds (213m), qui s’allument et s’éteignent en séquence pendant dix à quinze secondes. Plus tard, lorsque des chasseurs sont lancés depuis la base, les mêmes orbes réapparaissent au-dessus d’eux, suivent leur trajectoire à vitesse égale, et continuent d’apparaître par intermittence jusqu’à leur atterrissage.

Cette image ne documente pas la formation T décrite dans le récit ODNI (le témoin précise n’avoir pris aucune photo), mais constitue à ce jour la seule trace visuelle officielle d’un incident comparable dans la même région et la même période. Source : war.gov/UFO.
Gallaudet souligne le poids juridique du document :
Les témoignages sous serment devant un tribunal servent à condamner et à acquitter. Alors pourquoi des témoignages sous serment et des déclarations de ce genre ne seraient-ils pas probants ?
L’observation la plus tranchante de l’émission vient également du contre-amiral à la retraite :
Si nous avions su – et nous savons à quoi ressemblent les drones étrangers et les essaims de drones, tout comme notre propre technologie –, nous n’aurions jamais divulgué cela. Nous ne divulguons pas nos propres technologies de pointe. Nous les gardons confidentielles. Et nous gardons également confidentielles les informations que nous détenons sur nos adversaires. Il s’agit donc véritablement d’un phénomène inconnu et anormal.
L’argument déplace le débat : si ces images sont publiées, c’est précisément parce que les agences concernées ne parviennent pas à les attribuer. Gallaudet écrit, dans une note transmise à Coulthart avant l’émission :
Ces données ne laissent guère de doute sur le fait que certains services du gouvernement américain savent que certains phénomènes aériens non identifiés (UAP) sont des engins d’origine non humaine.
Le panel technique réserve quelques surprises de prudence. Sur la vidéo PR-83, Kryzak, Fulch et Gamm s’accordent à diagnostiquer un ballon Mylar, et la vidéo PR-71 est unanimement identifiée comme étant le ballon abattu au-dessus du lac Huron en février 2023. Plus significatif encore, Kryzak reprend image par image une vidéo de Syrie qui circulait comme exemple d’« accélération instantanée », et montre que le phénomène apparent vient probablement d’une perte de verrouillage du capteur, suivie d’une bascule du plan caméra : « Ce n’est peut-être pas une accélération instantanée. Le système a perdu le repérage et l’image est tout simplement sortie du cadre. » Coulthart relève qu’Eric Burlison avait laissé entendre, avant la publication, que certaines pièces de cette tranche seraient « facilement écartable d’une manière prosaïque », formulant la suspicion que l’administration libère sciemment des pièces aisément expliquées par des moyens conventionnels. À l’inverse, la vidéo PR-59, où des orbes blancs évoluent autour d’un sous-marin avec ce qui ressemble à des incursions sous l’eau, est jugée par Kryzak comme l’une des plus convaincantes : « On voit un objet qui descend à une vitesse vertigineuse et plonge dans l’eau. »
Stills extraites des vidéos PR-71, PR-83 et PR-59 publiées dans la Release 02. À gauche et au centre, deux cas que le panel technique de Reality Check identifie comme conventionnels (ballon abattu, ballon Mylar). La PR59 montre des orbes blancs autour d’un sous-marin, jugée par Billy Kryzak comme la plus convaincante du lot. L’un des objets « plonge dans l’eau à grande vitesse ».
Hunt Willis recentre le débat sur le terrain sur la qualification légale. Il insiste sur le fait que les sections de définitions de l’UAP Disclosure Act sont la clé de la législation, parce qu’elles excluent de facto les rétro-attributions du type « C’est juste une plateforme secrète que nous sommes en train de tester » en posant les notions de ttechnologies d’origine inconnue et de intelligence non humaine comme catégories juridiquement opposables. Willis qualifie la situation actuelle de « une crise constitutionnelle sur deux fronts » : entre le Congrès (Article I) et l’exécutif (Article II) d’une part, entre le gouvernement fédéral et ses citoyens d’autre part.
À côté de ces pièces contemporaines, la deuxième tranche contient également un volet historique massif que les médias mainstream n’ont pour l’instant qu’effleuré : un dossier de 116 pages d’archives de Sandia Base regroupant la documentation primaire de l’enquête sur les Green Fireballs (1948-1950) au Nouveau-Mexique, avec les rapports du Dr. Lincoln LaPaz, les comptes rendus de deux conférences tenues à Los Alamos en présence de représentants de l’AEC, du FBI, de la Fourth Army et du USAF Scientific Advisory Board, et des correspondances internes citant Edward Teller et Theodore von Kármán. Notons que Coulthart les a rapidement évoqués. Ce corpus mérite à lui seul un traitement dédié, que nous proposerons prochainement, parce qu’il modifie en profondeur la chronologie publique de l’intérêt américain pour la question.
Pour l’heure, retenons ce que la deuxième tranche établit. La mécanique de divulgation continue, son périmètre institutionnel s’élargit, et elle commence à toucher des agences que les lanceurs d’alerte désignaient depuis des années. Surtout, elle répond enfin à la demande la plus pressante du public et du caucus UAP : du volume visuel. 51 vidéos sur 64 fichiers, contre 28 sur 162 dans la première tranche. Aucune ne constitue le smoking gun qui imposerait un nouveau régime de réalité, mais c’est précisément cette pièce manquante qui maintient la pression sur les tranches suivantes.
Exemple : PR051
Cas PR051, image par image, montrant une accélération soudaine sans changement de paysage, discréditant un effet de parallaxe, et se produisant plusieurs images après le décrochage du verrouillage sur un objet d’une forme inhabituelle, défini par le capteur comme mesurant près de 5m de long.
D’après l’expert en imagerie infrarouge et thermique Dave Falch, il s’agirait d’un objet anormal.
















